Rénovation d'une maison bourgeoise à Compiègne : restructuration complète d'un 220 m² de caractère
Faire appel à un architecte d'intérieur pour rénover une maison de famille, c'est accepter d'en réinterroger chaque certitude pour mieux la réinventer.

Projet Carnot
UNE DEMEURE RÉINVENTÉE
Située au cœur de Compiègne, cette demeure bourgeoise des années 1920 portait la mémoire de plusieurs générations. La mission de Studio Castille ne se limitait pas à une rénovation esthétique : il s'agissait d'opérer une transformation structurelle profonde, pour qu'un couple et leurs deux enfants puissent habiter ces 220 m² comme les leurs, pleinement.
Le projet a exigé huit mois de chantier. Il a mobilisé des interventions sur la structure porteuse, la distribution des espaces, les réseaux techniques, l'isolation thermique et l'ensemble des finitions. Rien n'a été laissé au hasard.
crédit photos : Laura Innocente
Restructurer la maison de fond en comble
Le geste fondateur du projet : déplacer l'entrée principale. L'ancienne cuisine, aveugle et sous-exploitée, est devenue un sas d'accueil généreux. En abattant les murs porteurs du rez-de-chaussée, nous avons dégagé une perspective traversante là où régnait un cloisonnement hérité d'une autre époque.
La lumière désormais circule de l'entrée jusqu'à la pièce de vie principale, guidée par une double verrière en chêne dessinée sur mesure. Cet élément à la fois architectural, fonctionnel et sculptural, isole l'entrée du couloir froid tout en préservant la vue sur l'escalier d'origine, conservé et mis en valeur.

Une cuisine taillée dans la matière
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Le rez-de-chaussée articule cuisine ouverte, salle à manger et salon autour d'un parti pris commun : la transparence et la continuité visuelle. La cuisine est organisée autour d'un îlot central monolithique, dont le plateau en granit veiné — sélectionné pour sa minéralogie particulière — apporte une présence brute qui contraste avec la délicatesse des façades laquées poudre.
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Les meubles hauts, surmontés d'une bande de miroir vieilli, renvoient la lumière et élargissent le volume perçu. La robinetterie en laiton brossé, les poignées boutons en laiton et le fond de plan de travail en marbre composent une partition sobre, où chaque matériau est choisi pour sa durabilité autant que pour son caractère.

Un salon de réception pensé pour durer
Le salon s'organise autour des éléments architecturaux d'origine préservés : moulures au plafond, boiseries et proportions généreuses.
L'ameublement choisi par les clients canapés bouclé blanc, buffet en teck vintage, table basse marbre, ne cherche pas à effacer l'âge de la maison mais à le confronter avec bienveillance.
La verrière en chêne, visible depuis le salon, structure la perspective et rappelle que la contemporanéité ici n'est jamais une posture : elle est une réponse juste à un bâti exceptionnel.

Une entrée pensée comme un espace à part entière
L'entrée porte toute la signature du projet. Sol en terrazzo grand format, banquette sur mesure intégrée sous la fenêtre, placard de rangement avec façades rainurées et poignée en laiton, lustre nacre suspendu sous les moulures d'origine : chaque détail a été conçu pour que l'arrivée dans la maison soit une expérience en soi.
L'arc en demi-cintre découpé dans la menuiserie fait écho aux arches de la verrière et installe un langage architectural cohérent d'une pièce à l'autre.
Les WC sont souvent les espaces où l'audace s'autorise le mieux. Ici, un enduit lisse en terracotta profond enveloppe sol, murs et plafond. Le zellige brun glacé en damier court jusqu'à mi-hauteur. Deux miroirs aux formes irrégulières, l'un à cadre rouge laqué, l'autre à liseré doré, composent une mise en scène à la fois libre et rigoureuse.

Le premier étage réservé aux enfants
Le premier étage appartient aux enfants. Chaque chambre a été pensée comme un univers propre, ancré dans l'imaginaire de ses occupants, sans jamais céder à l'anecdote décorative. Les cheminées en marbre d'origine ont été conservées et intégrées dans la composition de chaque pièce.
La chambre de la petite fille s'organise autour d'un papier peint panoramique aux motifs forestiers : biche, lapins, bouleaux, qui enveloppe l'espace et dialogue avec la cheminée en pierre et le miroir doré.
La chambre du garçon joue sur un bleu ardoise profond, un papier peint toile de chêne et une boiserie à mi-hauteur peinte dans la même teinte.

Une salle de bain pensée comme un jeu architectural
La salle de bain des enfants est l'espace le plus graphique du projet. L'arche en carrelage vert bouteille posé à la verticale encadre la baignoire et structure tout le volume.
À l'intérieur de l'arche, des niches en terrazzo permettent le rangement des accessoires de bain. Un lavabo en faïence rose pale, un plan de travail en marbre vert veiné et une robinetterie blanche complètent la composition.
C'est un espace conçu pour grandir avec ses occupants : graphique sans être enfantin, affirmé sans être permanent.

Le dernier niveau : une suite parentale sous les combles
Les combles, autrefois sous-exploités, ont été entièrement restructurés pour accueillir la suite parentale. La charpente apparente en sapin a été conservée et intégrée comme élément structurant de la composition. Elle dialogue avec la pente des toits et installe un rapport intime à l'espace, propre aux volumes mansardés.
La chambre adopte une palette de beige chaud et de pêche, avec deux suspensions en rotin, des rideaux vaporeux et un parquet chêne clair.
La salle de bain parentale, attenante, est organisée autour d'un double vasque en chêne surmonté d'un plan de travail en marbre bordeaux veiné, de deux miroirs aux formes organiques et d'une robinetterie cuivrée. Les carreaux posés en chevron couvrent le mur de douche et encadrent les deux appliques globe.

L'escalier d'origine : préservé, mis en scène
L'escalier en bois d'origine a été restauré et conservé dans son intégralité. Il constitue le fil conducteur de la maison, visible depuis l'entrée à travers la verrière.
Le papier peint panoramique aux motifs de montagnes chinoises en bleu gris court sur toute la montée, instillant une poésie narrative dans ce lieu de passage. Un lustre en forme de palmier en laiton satiné ponctue le palier et marque avec humour la transition entre les niveaux.


















